Première réflexion sur cette médecine réfléchissante

jugement esthetique

Il faudrait au moins 2 ou 3 articles sur la relation entre notre discipline médicale et l’art. D’abord certains chirurgiens le disent : ils ont opté pour la spécialité parce qu’ils avaient déjà un goût pour les beaux-arts, la plastique.

Faut-il les croire ? On aurait peu de raisons d’en douter, sauf à se dire qu’en France, car ce sont des chirurgiens français, il y a encore une difficulté à lutter contre le préjugé qui associe ces praticiens à l’amour de l’argent et que par conséquent il est plus pratique et gouleyant de parler de cette motivation artistique.*

Mais j’aimerais que l’on pose les choses bien clairement. Il y a beaucoup de sites qui parlent de cette relation même dans le contexte qui peu sembler baroque de la chirurgie esthétique en Tunisie au motif que là on est dans le pratico-pratique du bon plan.
Mais qu’est-ce que ça veut dire que la chirurgie plastique a quelque chose à voir avec l’art ? Est-ce une questions de mots ?

Oui, plastique, comme les arts du même nom. Esthétique comme le jugement de goût qui porte sur l’œuvre d’art et que Kant et Hegel inscrivent comme un des domaines de la pensée philosophique.
Mais enfin les mots ont un sens. Ce n’est pas seulement une extension conceptuelle. Reprenons.

On peut commencer par la surface. L’humain aussi recèle du beau. Même si on doit entrer dans un débat moral sur la justice du jugement sur le physique d’une femme et d’un homme, il est un fait que nous portons des jugements à leur endroit qui tournent autour de “il est beau”,” elle est belle”, “il est laid….

C’est plus fort que nous, c’est comme ça. Et cela tombe bien parce que précisément un jugement nécessaire de goût qui s’impose à mon esprit, c’est la définition du jugement esthétique de Kant.

Première approche donc : la chirurgie plastique est une médecine du beau en ce sens qu’elle agit sur la perception d’un physique, perception accompagnée d’un jugement.

Mais quel rôle pour la médecine ici ? Eh bien , la médecine plastique est une action de valorisation ou de revalorisation du beau physique.

Par la correction d’un nez, le rafraichissement de paupières, elle embellit un visage. Notons bien qu’elle ne crée pas le beau mais qu’elle permet de tendre vers lui.

C’est un beau acquis par comparaison. D’où les fameuses photos avant-après, celles la même qui peuvent nous faire mieux apprécier un visage après l’action du chirurgien. Je vous renvoie aux séries qui nous viennent de Corée du Sud très marquantes sur ce point.

Mais y a t-il autre chose ? Oui, comme dans l’art, il y a une action sur la matière. Si le sculpteur manipule la terre, la glaise, le chirurgien manipule de la peau, des os, des glandes.

Il a donc pour finalité de modifier la forme, d’en créer une nouvelle par le travail sur la matière. Et si l’on voulait revenir à des concepts déjà utilisés, on dirait qu’il travaille sur l’étendue cartésienne pour obtenir de la forme, c’est-à-dire , du sens.

Moi je suis persuadé que ce que les chirurgiens plasticiens appellent un résultat naturel n’est rien d’autre que l’idée qu’ils se font du sens.

Je vais vous dire pourquoi : a contrario de certains résultats très marqués par le passage du bistouri, ce qu’on appelait avant le look chirurgical, les plasticiens ont essayé de tendre vers un résultat qui faisait perdurer l’air de la personne, c’est-à-dire le sentiment qu’elle renvoyait, c’est-à-dire pour moi du sens.

C’est sur cela que nous reviendrons et qui est passionnant.

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