Galoche, galoche

menton en galoche

Le sens commun est aussi négatif qu’il est irresponsable face à l’action. Prenons par exemple l’expressivité de certains mentons. Ceux qui sont affirmés, sont dits en galoche. Remarquez bien le passage du phénomène à sa désignation dans le langage et donc à la naissance de la remarque moqueuse.
« Machin a un menton en galoche. » « Mais si, c’est le type dont je t’ai parlé qui a un menton en galoche. »

Cela c’est le discours ambiant. Le discours reçu, le discours du groupe. Alors que faire ? Pour la « victime », pas grand chose. S’en fiche, accepter le regard en se disant qu’il ne définit rien d’autre sur soi et certainement pas son identité, ou bien faire appel à la chirurgie.

Oui, les chirurgiens reçoivent des patients pour corriger leur nez en galoche, et ils n’ont pas besoin de s’attarder longtemps en questionnement psychologique sur les motivations de cette chirurgie du menton, tellement elle est évidente.

Mais la meute n’en a pas fini avec la proie. Car si l’opinion commune désigne du doigt le menton inesthétique, elle condamne aussi la chirurgie du même nom. Eh oui. La chirurgie esthétique, c’est pour les futiles, les faux, les apparents.

Notez bien l’enclave, le piège où l’on enferme l’autre. Il est le « pas normal » à qui on interdit de revenir à la norme. Pourquoi ? Je pense très sincèrement parce qu’aucune société ne peut tolérer pour sa propre organisation que tous ceux qu’elle juge en dehors des conventions esthétiques se mettent soudain à y adhérer.

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